Venez vous promener dans l'Indre à la suite de 12 aventures pour 12 personnages attachants...

 
 

 

Pour vous mettre l'eau à la bouche le début de la première nouvelle...

 
 

 

Suzanne. Lignières.

Elle sort, ferme soigneusement la porte.
Elle recule un peu, regarde la façade. Elle aime beaucoup vivre ici. Elle habite rue du Maréchal Joffre, la grande rue de Lignières, une toute petite maison à un étage. Elle s’y trouve comme dans un nid.
Ce matin, elle a posé une alignée de fleurs en pots le long du mur, sur le trottoir. Il y en a même un devant la porte. Ca donne un air gentil, gai.
Elle vérifie une dernière fois qu’elle a pris son porte-monnaie, ses papiers.
A pas lents, prenant le temps, regardant autour d’elle, elle s’engage vers le centre ville.
Elle tient au bout d’une laisse « Patchwork ».
Patchwork est une petite chienne courte sur pattes, ridicule, hirsute. Elle est moche et affublée d’un caractère de chien, c’est le cas de le dire. Dès que le moindre « clébard » se profile à l’horizon, elle se précipite en avant, tire sur le cordon, waffe de colère les babines retroussées. Cela finit souvent en pugilat monstrueux. Deux ou trois fois, Suzanne a bien cru la perdre dans les crocs d’un mastard dix fois gros comme elle.
Mais rien n’y fait. Chaque fois, elle y retourne, toujours contre plus fort qu’elle, toujours aussi agressive.
Lorsque sa fille, pour un noël quelconque, lui a offert cette boule de poil, elle a cru à une blague. Elle a toujours détesté les animaux.
- Tu verras, tu te sentiras moins seule.
En rentrant, ce soir là, elle a envisagé dix fois de la jeter dans la première poubelle venue. Elle ne l’a pas fait sans bien comprendre pourquoi. Elle l’a posée dans la cuisine avec une écuelle d’eau, quelques restants de poulet, a été se coucher et l’a oubliée.
Le matin, l’écuelle était renversée, la nourriture sur les murs, ses plus belles bottes en lambeaux.
Elle a pensé la tuer de rage.
Il leur a fallu six mois pour prendre leurs marques, six mois de guerre, de hurlements.
Mille fois, elle a pensé l’envoyer dans le mur d’un coup de pied.
Mille fois, elle a voulu l’emmener à la S.P.A, ne plus la voir.
Et puis… un matin, après une « connerie » de l’animal particulièrement remarquable, elle s’est assise sur une chaise, effondrée. Elle n’en pouvait plus.
Elle a senti quelque chose sur son pied. L’autre avait posé sa tête et la regardait de ces yeux là. Seuls, les chiens ont cette force d’amour dans le regard. C’était vrai, Suzanne n’était plus seule.
De ce jour, systématiquement, méthodiquement, comme elle fait chaque chose, elle a dressé la chienne. Il a fallu deux années d’efforts pour qu’elle obéisse vraiment et sache où est sa place. Reste son sale caractère et sa haine des gros chiens.