La femme à la fenêtre
Extrait

 

 

Elle marche.
D’un pas pressé, d’un rythme soutenu…
Elle marche.
Comme si elle savait où elle allait, elle trace sa route dans des rues qu’elle ne regarde pas, des ombres humaines, des allures de réverbères, des déroulés de trottoirs, des squelettes d’arbres dégingandés.
Elle marche.
Le froid lui scie le visage.
Le martellement de ses pas crée dans son cerveau une musique régulière qui lui évite de penser.
Elle traverse une place minérale, reconnaît la silhouette gigantesque de la cathédrale au-dessus de son image fuyante. Elle prend une claque de blizzard venant de la rue Jeanne d’Arc, et, sans ralentir, s’engouffre dans les rues piétonnes.
Les lumières sont plus chaudes, les passants moins isolés. Elle évite de suivre ce flux rassurant, ignore le brouhaha léger, continue dans une ruelle sombre noyée de brouillard.
Attention de ne pas glisser dans cette lumière diluée. Elle ne voit qu’à peine ses jambes, perçoit le bruit de ses talons sans savoir où elle les pose. Par intervalles, un lampadaire accroche une lueur plus vive sur l’ombre des murs, puis l’obscurité retombe, plus pesante encore de cet intermède lumineux.
Irruption.
Le bord de Loire la gifle d’une bourrasque cinglante. Les quais sont déserts, frigides. Sa marche se ralentit. Elle erre à l’aventure, guettant les éclats de lumière sur l’eau noire.
Elle s’arrête, s’accoude à une balustrade, souffle longuement. Son haleine dessine une étoffe soyeuse que le vent déchire.
Le silence descend sur elle comme un suaire.
De longues minutes passent sans qu’elle bouge. Peu à peu elle se sent devenir pierre dans cette solitude glacée.
Le silence, la nuit qui vient… Dernière étincelle de clarté derrière les arbres.
Elle cherche à organiser quelques idées, ne trouve que de la brume.