Casting
– Bonjour.
– Bonjour.
– Sympa, un casting dans une bibliothèque, ça change. C’est vous qui faites le casting ?
– Euh… oui…
– Vous n’avez pas l’air très sûr.
– C’est la première fois.
– Une première fois, j’adore. Ne vous inquiétez pas, je vais vous aider. C’est pour un film ?
– Euh oui… enfin je crois.
– Vous croyez ? C’est pour un film ou pas ?
– Eh bien, euh, c’est pour un film mais le scénario n’est pas tout à fait terminé et le budget pas tout à fait bouclé.
– Normal. Comme d’hab. Alors dites-moi de quoi ça parle…
– Eh bien… ce serait une histoire de chrysalide, de papillon, une femme, mal dans sa peau, coincée, qui peu à peu se dévoilerait et deviendrait une femme fatale.
– Pas très original comme histoire.
– Oui mais quand je dis « Fatale », je veux dire au sens propre, elle tuerait ses amants après l’amour.
– M’oui ! C’est mieux mais déjà vu, il faudra mettre du suspense et du sel dans tout ça, ah oui et de l’érotisme aussi, beaucoup d’érotisme, ça plait toujours.
– Alors pour ça, pas de problème, c’est déjà le cas… et mieux encore.
– Bien. Et vous pensez que je pourrais convenir pour le rôle ?
– Alors là, c’est certain. Je dirai même que vous êtes la femme du rôle.
– C’est gentil mais prématuré. Faites un peu votre boulot, demandez-moi mes références, faites-moi déshabiller.
– Vous croyez que je peux ?
– Non seulement vous pouvez, mais tous le font. C’est une histoire de chrysalide ou pas.
– Euh ben oui. Alors déshabillez-vous… un peu.
– J’enlève mon manteau et, voyez comme c’est de la veine, dessous, coïncidence, je ne porte qu’un ensemble de dessous noirs très femme fatale avec un corset bien serré qui dévoile les seins, une culotte mousseuse qui met en valeur mes fesses, et, je ne sais pas si vous aimez, mais moi j’adore ces jarretelles à nœuds sur ces bas noirs.
– Superbe ! Affolant !
– Je ne vous le fais pas dire. Mais insistez mon vieux, insistez, il est érotique ou pas votre film ?
– Euh oui, un peu. Il le sera en tout cas.
– Alors faites-moi déshabiller encore, demandez-moi de me mettre nue. Comment pouvez-vous vous rendre compte ?
– Euh, oui, déshabillez-vous encore.
– Ah quand même. Voyez, nue, on a envie de me faire des trucs érotiques bien vicieux, voir, éventuellement, des trucs violents tout à fait adéquats pour votre film, vous ne trouvez pas que je conviens au rôle ?
– Si. Vous êtes engagée. Vous seriez parfaite. Mais euh, je voulais vous dire…
– Oui.
– Le casting, c’est l’étage au dessus.
– Je sais, j’en viens. Mais quand on croise un minet mignon comme vous, ce serait dommage de ne pas en profiter. Il y a film et film, réalisateur et réalisateur et, vous savez, j’aime bien votre genre. Mieux que ça, je l’adore…
Alors, on le fait ce film ? Et ne vous inquiétez-pas je ne tue que rarement mes amants après l’amour.
Savoir choisir
Et si on s’envolait !
Un métier vieux comme le monde
Dessin 547
Chut !
Sans titre
Une soirée anodine
Assis sur mon fauteuil de cuir blanc préféré, je soupèse les deux invitations que j’ai sélectionnées dans le tas épais étalé sur la table du salon.
Je me tourne vers Sophie qui relit distraitement « Guerre et Paix », allongée voluptueusement dans le canapé le plus profond.─
─ Alors, quelle soirée choisissons-nous ?
Elle pose le livre sur le guéridon d’ébène surmonté d’une lampe en pâte de verre que j’aime bien et me lance un regard intéressé.
─ Redis-moi les choix possibles…
─ Pour faire simple…
Soit une sauterie à l’ambassade de … . Tenue de soirée exigée, petits fours savoureux, repas et champagne millésimés, valses de Vienne, personnalités de très haut niveau et gratin du tout Paris.
Soit une invitation chez le Marquis avec pour thème évocateur : Maîtres et soubrettes. Tenue dix-neuvième de rigueur pour les hommes, tenue en rapport pour les femmes. Érotisme et délires garantis à tous les étages. Moins chic malgré tout, il faut bien le dire.
Qu’en penses-tu ?
Elle a mis un doigt sur la bouche, songeuse…
─ Pas facile, cela demande réflexion. Écoute, voilà ce que je te propose… On s’habille sans se consulter et soit on est d’accord et on y va, soit on n’est pas d’accord, et on va où moi j’ai décidé parce que honneur aux femmes et c’est marre. Tu te changes sans râler et voilà. OK ?
─ OK.
Nous disparaissons en riant dans nos salles de bain respectives.
Je mets à peine deux secondes et demie à décider. Je n’ai pas envie de devoir me changer tout à l’heure et je connais bien ma Sophie alors il n’y a qu’un choix envisageable. Puis je reviens me servir un premier whisky en attendant son retour.
Je commence à peine le troisième qu’elle sort déjà.
─ Tu es très beau en frac dix-neuvième siècle.
─ Et toi, superbement sexy en soubrette de charme.
─ Attention, je te rappelle que l’on ne pouvait pas demander totalement n’importe quoi au personnel à l’époque.
─ Ah ! Ce n’est pas ce que l’on m’en avait dit pourtant !
─ Oups ! Ai-je bien choisi alors ?
Je souris sans répondre. Ne jamais s’aventurer sur ces terrains mouvants avec une femme surtout quand elle vous regarde de avec ces yeux là.
Nous passons dans l’entrée. Je récupère mon chapeau haut de forme, l’aide à enfiler sa fourrure. Comme nous sortons elle a le mot de la fin.
─ De toute façon, les deux tiers des invités de la fête de l’ambassade se retrouveront chez le Marquis en seconde partie de soirée, nous ne louperons rien… Et les deux tiers les plus intéressants encore !
Ah !
Le mot « intéressant » semble avoir plusieurs sens il faut croire.
Très « intéressant » !










